SÉVILLE

Journal de voyage

 

Jeudi 12 juilet 2007

C’est la première fois que je vais en Andalousie. Je veux aller à Séville depuis de nombreuses années, depuis que j’avais commencé la lecture du roman d’Arturo Pérez-Reverte « La peau du tambour ». Je n’avais lu que quelques pages mais une phrase en exergue du livre : « qui pourrait inventer une ville comme Séville ? » m’avait beaucoup marquée. Alors quand l’occasion s’est présentée d’aller y faire un tour, j’ai sauté dessus. Pour que l’effet soit meilleur j’ai recommencé la lecture du roman de Pérez-Reverte et ça marche car ce roman est superbe.
Pour y aller, la compagnie (toute jeune) Vueling (ils se nomment eux-mêmes « la nouvelle compagnie européenne de seconde génération ») offre des tarifs intéressants. Le voyage se passe très bien, les avions ont l’air neufs et le personnel aussi. Nous avons quitté un Paris des mauvais jours où la température peine à dépasser les 17 degrés et nous arrivons dans une ville qui ne propose pas moins de 37. On pourrait s’en inquiéter mais finalement cette chaleur est supportable et les coins d’ombre sont là en cas de besoin.
Profitant du fait que c’est la saison basse en juillet-août, nous avons loué un appartement pour 4 nuits au Patio de la Cartuja pour moins de 200 euros. C’est un choix qui s’avère judicieux car non seulement l’hôtel est superbe, particulièrement le patio qui lui donne son nom (une cour intérieure fleurie au dessus de laquelle trônent sur deux étages des balcons desquels apparaissent les portes et fenêtres des appartements) mais l’appartement lui-même est confortable et spacieux.

C’est vers 16.00 que nous arrivons à l’hôtel et le temps de déposer nos affaires, nous en ressortons très vite pour découvrir la ville. L’hôtel, bien que proche, n’est pas dans le centre et les rues sont complètement désertes. C’est vrai qu’il est encore tôt pour les Espagnols, ici l’après-midi, la plupart des magasins n’ouvrent que vers 17.30. Nous commençons à voir un peu de monde en arrivant à proximité de la rue Sierpes, longue artère piétonne où s’enchaînent boutiques de vêtements, de bijoux et de produits locaux. Après Sierpes, c’est la Place San Francisco où se trouve la Mairie, puis l’avenue de la Constitution. Il faut bien l’avouer, la ville est magnifique, à chaque coin de rue ou de place, on peut admirer un bâtiment splendide ou étonnant ou les deux à la fois. L’inspiration arabe est omniprésente et c’est un enchantement pour les yeux. Les entrées des maisons, toutes d’azulejos couvertes, donnent envie de s’y engouffrer. Cette première balade dans les rues de Séville est un ravissement total. Le ciel est d’un bleu parfait et la rue qui nous ramène à l’hôtel s’appelle Amor de Dios. Tout un programme.

En Espagne, on dîne vers 22.00 et c’est justement dans ces eaux-là que nous sortons en quête d’un endroit pour se restaurer. Puisque le troquet que nous visions était noir de monde, nous jetons notre dévolu sur un autre lieu, sis Place de l’Eglise San Lorenzo et qui sert des plats sans prétention principalement de poissons. Normal pour un endroit appelé El Sardinero. Le bleu du ciel nocturne est somptueux et la place a un charme fou. Comme beaucoup de lieux à Séville.

 

Vendredi 13 juillet 2007

Nous avons décidé de nous mettre à l’heure espagnole. C’est donc vers 11.00 que nous sortons pour aller au marché hippie qui se trouve place Duque de la Victoria, à vingt minutes à pied de notre hôtel, situé lui tout contre l’Alameda de Hercules. Ce marché propose bijoux, vêtements et maroquinerie à des pris très raisonnables. Après le marché, nous filons au musée des beaux-arts dont l’entrée est gratuite et qui propose dans un vaste bâtiment à patio intérieur de nombreux tableaux du 17ème au 20ème siècle dont au moins trois merveilles absolues : un Greco (portrait du fils du peintre), un Velazquez (portrait d’un apôtre) et un Picasso (de 1904 période bleue, une lavandière). En parcourant les salles de ce riche musée, j’eus la confirmation du fait que les peintres restés à la postérité, le sont car leurs œuvres sont d’un niveau bien supérieur aux autres. Il n’y a pas de hasard. Nous sortons du musée peu après 14.00, à l’heure du déjeuner. Nous trouvons notre bonheur dans un petit restaurant trouvé après la rue Bailen, à San Eloy. Le déjeuner passé, retour à l’hôtel pour une petite sieste. Á l’heure espagnole je vous dis.


Triana

Nous ressortons vers 18.00 pour aller dans le quartier de Triana. Pour s’y rendre il faut traverser le Guadalquivir par le pont Isabelle II (celle qui permit à Christophe Colomb de partir). C’est donc l’occasion de voir pour la première fois le fleuve qui baigne Séville. Triana est un vieux quartier de Séville, encore populaire. On y vient pour ses boutiques, son marché, ses quelques rues à l’ambiance gitane et surtout pour le flamenco. Le quartier ne s’anime qu’à la tombée de la nuit et pour le flamenco, rien ne se passe avant minuit. Après avoir pris un verre rue Bétis, au dessus du Guadalquivir, dont les eaux sombres lentes, n’empêchent pas certains de se baigner, nous dînons (après 22.00) à la taverne Miami. C’est un établissement fondé en 1930 où dans un décor surchargé d’azulejos et de photos des propriétaires. Des serveurs employés depuis l’année d’ouverture (la moyenne d’âge doit dépasser les 70 ans) vous apportent des assiettes remplies pour quatre et le tout à des prix si bas qu’on en reste étonnés. Folklorique et drôle. Après tant de nourriture, nous rentrons. Le flamenco, ce sera pour demain (ou pas).

 

Samedi 14 juillet 2007

Cordoue (Córdoba en espagnol) fut l’une des villes les plus importantes d’Europe pendant plus de trois siècles, jusqu’au début du 13ème, quand les Arabes s’en retirèrent. Aujourd’hui il en reste une architecture riche de traces du passé comme la mosquée érigée au 8ème siècle sur l’emplacement d’une basilique wisigothe et qui fut « transformée » en cathédrale au 16ème siècle.

Nous prenons le train pour Cordoue, quarante-cinq minutes par l’AVE, train rapide reliant Séville à Madrid


Cordoue

Á Cordoue la chaleur est écrasante, nous voyons des panneaux indiquant 42° celsius. Dans ces conditions, entrer dans la mosquée est un plus grand plaisir. Je voulais voir Cordoue depuis le temps des cours d’histoire du collège il y a 25 ans et aujourd’hui j’y suis. Le mélange mosquée-cathédrale est étonnant avec des chapelles catholiques sous des colonnes musulmanes. C’est un endroit unique au monde.

Sortant de la mosquée, nous déjeunons dans un restaurant-patio du vieux Cordoue. J’en profite pour déguster du jambon cru ; je ne sais pas si c’est du Pata Negra mais il est d’une douceur infinie. Un grand moment de plaisir.

Le ventre plein, nous poursuivons notre promenade dans les rues de la Juderia, ainsi nommé car c’est là que vivaient les Juifs. C’est l’un des plus vieux quartiers de la ville et la communauté juive participa très activement à l’essor de Cordoue. Il y a peu de monde dans les rues à ce moment de l’après-midi. La balade se poursuit jusque dans les quartiers plus modernes où il n’y a guère plus de passage. Il faut savoir que le centre historique de Cordoue est classé « patrimoine mondial de l’Humanité » par l’UNESCO.

Ses petites rues aux bâtiments blancs sont un plaisir pour les yeux et pour l’esprit. Certaines pierres du quartier de la Juderia ont plus de onze siècles d’existence. C’est en fin d’après-midi que nous reprenons le train pour Séville, ravis d’être allé faire un tour dans l’Histoire. Un employé à la gare de Cordoue nous dira qu’il n’est pas rare que le thermomètre à cette époque de l’année indique 50° celsius.

 

Dimanche 15 juillet 2007

Il arrive parfois que pendant le voyage tout ne se passe pas comme prévu. Ces changements peuvent être imposés ou choisis, désagréables ou plaisants. Aujourd’hui nous avions prévu de nous promener dans le quartier de Santa Cruz, celui de la cathédrale et de la Giralda, le quartier le plus visité de Séville. Mais nous avons passé la journée dans le petit appartement loué. Yarín est tombée malade hier, vraisemblablement une intoxication alimentaire qui lui a fait passer une nuit très difficile. Si difficile que ce matin il a fallu demander à l’accueil de l’hôtel d’appeler les urgences médicales. Deux médecins sont passés une heure et demie plus tard et ont prescrit un anti-nauséeux et des boissons énergisantes. Il faut noter que l’intervention de ces médecins était gratuite. Je suis ainsi sorti vers 9.30 à la recherche d’une pharmacie et d’une épicerie. Un dimanche. En temps ordinaire il n’y a pas grand monde dans les rues à cette heure là mais un dimanche, c’est pire. Si l’apothicaire ne fut pas difficile à trouver, je ne croisai aucune épicerie (ouverte ou fermée) le long de mon chemin. Finalement j’achetai de l’Acquarius (sorte de boisson sucrée pour sportifs) en cannette dans une boulangerie, la Campana. Les Sévillans ne font-ils donc jamais de courses ? En tout cas pas le dimanche. Je passai une grande partie du reste de la journée à lire le roman de Pérez-Reverte. C’est une autre manière de visiter Santa Cruz. Nous quittons Séville demain. Nous devons être à l’aéroport en fin d’après-midi, il reste donc encore une journée pour découvrir davantage de la ville. Si le mal s’éloigne. Loin. Séville ne se donne pas si facilement.

 

Lundi 16 juillet 2007

Hier soir nous sommes finalement sortis pour le dîner, à côté de la cathédrale. Dans la rue Alvarez Quintero se trouve le restaurant Casa Roblès, une institution à Séville. C’est un endroit assez chic où le service est soigné et la clientèle surtout étrangère. Mon assiette de Pata Negra fut un jardin des délices.

Lundi est notre dernière journée à Séville. Yarín se sentant mieux et ne devant être qu’en fin de journée à l’aéroport, nous en profitons pour découvrir d’autres lieux. La cathédrale et sa célèbre tour la Giralda, sont la première étape. La cathédrale (la plus grande du monde) fut bâtie au 13ème siècle à l’emplacement d’une mosquée. Entre autres merveilles, elle abrite la sépulture de Christophe Colomb. Quant à la Giralda, et bien si vous avez le courage de grimper jusqu’en haut, vous y découvrirez une vue sur toute la ville. Au pied de la cathédrale commence le quartier de Santa Cruz, un dédale de petites rues aux charmes ravageurs qui débouchent sur des places plus belles les unes que les autres. Quittant Santa Cruz, nous marchons jusqu’à la place d’Espagne. Un lieu gigantesque et beau où les villes espagnoles affichent leurs noms et des instants de leur histoire;


La place d'Espagne

Ainsi se termine notre voyage à Séville, ville dont la grâce et le pouvoir de séduction ont agi sur moi comme sur tant d’autres auparavant. Arturo Pérez-Reverte a bien raison : « qui pourrait inventer une ville comme Séville ? ».

 

> voir les photos

> voir la vidéo