HONGRIE

Journal de voyage

 

Lundi 27 août 2007

Nous sommes à Budapest depuis quelques heures, le temps est agréable, le soleil brille et chauffe nos peaux. C’est toujours un plaisir de découvrir un nouveau pays. L’Atlas Hôtel où nous allons dormir nos trois premières nuits hongroises, se trouve à un quart d’heure à pied du centre ville, il offre un confort certain à un prix raisonnable. Comme d’habitude, c’est après avoir déposé nos affaires que nous sortons voir à quoi ressemble cette capitale magyare. Mes premières impressions sont partagées, les rues sont tristes, les façades d’immeubles n’ont pas été nettoyées et repeintes depuis très longtemps. Les immeubles classiques alternent avec les constructions plus modernes mais d’un moderne d’il y a trente ou quarante ans et dont le gris des façades sali par les années et les gaz d’échappement, n’est pas sans évoquer les clichés liés à l’architecture de l’époque soviétique. Les choses s’arrangent en arrivant au centre-ville. Buda et Pest sont séparés par le Danube dont les eaux, du moins ici, sont davantage vertes que bleues. Après une légère halte au bord du fleuve, nous reprenons la route, ou plutôt la rue, et plus précisément la rue Vaci, longue artère commerçante (et donc touristique), qui nous conduit directement au marché central : le nagy-vásárcsanok. C’est un immense hall fermé de deux étages offrant au rez-de-chaussée, fruits, légumes, viandes, charcuterie, épices, etc., et à l’étage : tissus, vêtements, bagages, cuir, bijoux et restaurant. J’y achète comme je le fais à chaque voyage désormais, un tee-shirt d’un bleu (presque) nuit tout à fait seyant.


Budapest

Après ce premier tour en ville, nous rentrons à l’hôtel nous reposer un moment avant de ressortir dîner. Juste à côté du musée national de Hongrie, il y a un restaurant justement appelé Muzeum. Il a ouvert en 1885 et propose, dans un décor du 19ème siècle, une cuisine élaborée et de qualité, tandis qu’un pianiste à la technique encore perfectible joue quelques standards de la pop du siècle dernier (le 20ème). Ce fut l’occasion de goûter le Tokaji (Tokay), vin délicieux et mondialement connu.
Rentrant à pied alors que la nuit était tombée, je ne pu m’empêcher, en regardant ces façades d’immeubles sinistres, de penser que si Dracula vivait, il pourrait se tenir à l’ombre de l’un de ces parapets sombres, aux aguets, prêt à se jeter sur le premier passant venu, promesse de sang frais. Brrrrrrrrrrrrrrrr…

 

Mardi 28 août 2007

Le petit déjeuner avalé (un petit déjeuner digne en quantité d’un réveillon de Noël), nous atteignons en un peu plus d’une demi-heure de marche Deák Ferenc tér (« tér » veut dire « place »), point de départ de notre balade du jour et qui va nous conduire, par le boulevard Andrassy, jusqu’à la Place des Héros. Andrassy est une longue et large avenue commerçante et chic, bordée d’arbres et d’immeubles mieux entretenus que ceux vus hier. L’endroit me rappelle l’avenue Montaigne à Paris. Nous passons devant l’opéra, profitant au passage de quelques notes offertes par une cantatrice non reconnue. Avant de finir sa course par celle des Héros Hongrois, Andrassy traverse deux autres places : Oktogon (dont le nom donne une idée précise de sa forme) et Kodaly korond. La première est marchande et bruyante tandis que la seconde, plus calme, est moins colorée. C’est sur Andrassy que se trouve la maison de la terreur, vaste maison bleue où, aux pires jours du communisme dictatorial, se faisaient torturer ceux qui déplaisaient au régime. La fin d’Andrassy est occupée par des ambassades, bureaux de compagnies florissantes, sièges de partis politiques et autres appartements luxueux. Le nom Andrassy m’évoque un homme séduisant dont le charme ne laissait pas indifférente Élisabeth Amélie Eugénie de Wittelsbach, dite Sissi, pourtant marié à François-Joseph de Habsbourg, dans le film Sissi face à son destin d’Ernst Marishka de 1957 avec Romy Schneider. Pour les Hongrois, Andrassy est un aristocrate et homme d’Etat qui fut premier ministre entre 1867 et 1871.

D’autres héros sont célébrés sur la place du même nom dont Árpád, premier de la dynastie éponyme qui régna sur le pays entre 896 et 1301. Plusieurs musés se situent dans ce quartier. Nous choisissons celui des beaux-arts car il propose une exposition intitulé : « … and the Incas arrived ». Rien à voir avec la Hongrie mais c’est plus qu’intéressant d’y aller. L’exposition présente de nombreux objets, témoignages d’une civilisation fascinante : vaisselle en céramique, statues en bois, ornements en or et en argent, tissus en laine d’Alpaga, etc. De quoi confirmer notre gigantesque envie d’aller au Pérou en 2008, parcourir « le chemin de l’inca ».
C’est en métro que nous rentrons à l’hôtel en fin d’après-midi. Le ticket unique n’est valable que pour une ligne (il en existe trois à Budapest) dans l’un des deux sens, sans droit à la correspondance. Le métro de Budapest est assez original, comme une cave sombre et bien aménagée. Les wagons sont courts et peu larges, ils rappellent les tramways qui filochent dans les rues au-dessus.
Dans le quartier de Kalvin tér, on trouve de nombreux restaurants. Dans la rue Raday, ils se suivent. Celui que nous choisissons s’appelle Varos Postakosci et nous a servi deux délicieux repas.

 

Mercredi 29 août 2007

Nous commençons la journée par un passage par la gare Deli pour acheter nos billets de train pour Siófok. Ensuite nous reprenons le métro et sortons à Déak Ferenc tér pour rejoindre la Basilique Saint Istvan. L’endroit est très beau, à l’intérieur le marbre rouge assure une majesté certaine au lieu. Poursuivant dans ce quartier d’affaires où les costumes sont plus nombreux que les tee-shirts, nous arrivons devant le Parlement où siègent les représentants du peuple venus de tout le pays. Le bâtiment est immense et d’un style particulier, comme si les bâtisseurs avaient voulu donner un effet « allongé » aux murs. L’après-midi, la pluie s’est invitée à notre voyage et nous nous abritons dans le musée national hongrois. On en profite pour le visiter. L’exposition permanente présente en une vingtaine de salles, l’histoire du pays. Très instructif. L’exposition temporaire du moment est consacrée à la conquête mongole du 13ème siècle, celle de Genghis Khan et de ses héritiers. Très instructif aussi. Sortis du musée et encore sous la pluie, nous nous arrêtons dans un kavéhas tout proche prendre un café et regarder l’eau tomber du ciel hongrois.

 

Jeudi 30 août 2007

Le taxi nous dépose à la gare Kelenfold, point de départ du voyage vers le lac Balaton. C’est une gare décatie et vieillotte, donc pleine de charme. Nous prenons un train pour Siófok où nous arrivons à la mi-journée. Siófok est une petite ville allemande… euh non, hongroise mais presque allemande. La plupart des commerces d’affichent aussi bien dans la langue de Puskas que dans celle de Goëthe (ou de Ballack). C’est la fin de la saison, les bords du lac sont presque vides et comme il ne fait pas bien beau, l’ambiance fin de règne est encore plus accentuée. Nous avions réservés dans un hôtel dont le site internet montrait des images séduisantes de bâtiments d’un blanc immaculé entourant une piscine d’un bleu profond. Arrivés sur place, les bâtiments ressemblent à des HLM en fin de parcours, summum de l’art Brejnévien. Nous décidons donc de changer nos plans et finissons par choisir un hôtel d’à côté. La chambre a un balcon avec vue sur le lac. L’après-midi, nous le passons au bord de l’eau, au frais, à parcourir quelques centaines de mètres, réfléchissant à ce que nous allons faire demain si le temps reste le même, car la baignade, par ce froid, n’est plus envisageable.

 

Vendredi 31 août 2007

Ce matin il fait presque beau, le ciel est presque bleu et surtout il ne pleut pas. La première étape du jour nous conduit à la gare routière de Siófok où après avoir fait la queue pendant vingt minutes et sérieusement préparé notre phrase en hongrois, la femme pourtant assise derrière un comptoir au-dessus duquel il est écrit : « Booking Service », nous informe dans un anglais quasi inexistant qu’elle ne vend pas de billets. Au bureau d’informations, à quelques pas de là, nous apprendrons grâce au langage des mains, que le car que nous voulons prendre demain pour Pécs partira à 8.45 et qu’il faudra acheter les billets directement au chauffeur. Après ça, nous partons voir à quoi ressemble la ville, riche de plus de vingt mille habitants (hors saison). Nous n’irons pas très loin car il apparaît vite que Siófok n’a pas d’autres attraits particuliers que d’être au bord du Lac Balaton.


Sur le lac Balaton

L’après-midi nous le passons sur le lac, dans un bateau qui fait la liaison entre plusieurs villes. Nous ferons une halte d’une heure à Tihany, endroit plus verdoyant que Siófok. Au retour, nous apprécions le coucher de soleil sur le lac, mélange d’oranges et de rouges du plus bel effet.

 

Samedi 1er septembre 2007

Le car est parti à l’heure prévue, 8.45. Pécs où nous nous rendons est l’une des plus grandes villes du pays. En quittant Siófok, je me rends compte que peut-être je n’avais pas été juste avec cette ville. En effet, la partie que nous traversons semble plus chaleureuse et intéressante que ce que nous avions pu voir hier. Trop tard. On ne peut pas tout voir en voyage et puis il arrive d’avoir de fausses impressions et de mauvais jugements. La route passe par la campagne hongroise et j’en profite pour lire l’histoire du pays telle que racontée dans notre guide (le Lonely Planet, par ailleurs truffé d’imprécisions pratiques). Je passe ainsi des collines verdoyantes qui défilent derrière les vitres du car, aux conquêtes d’Arpád et des Magyars. Peu après 11.00 nous arrivons à Pécs. L’hôtel n’étant pas loin de la gare routière, nous y allons à pied. L’hôtel est rue Kiraly, la plus animée de la ville. Très vite c’est la grande déception. La chambre n’est pas digne d’un trois étoiles : les murs abîmés on besoin d’un coup de peinture, la salle de bains est moche, le rideau de douche a dû être acheté cinq cents forints (deux euros) dans un bazar et le jet a autant de pression qu’un goutte-à-goutte d’hôpital. Nous ne passerons qu’une seule nuit ici au lieu des trois initialement prévues. Les deux autres seront à l’hôtel d’à côté, le Palatinus, à la façade superbe et au lobby vieux-chic. L’Aranyhajó Fogado se moque du monde avec ses trois étoiles…
Le centre-ville est presque intégralement piétonnier et les immeubles ont su conserver leurs façades intactes, ce qui confère aux rues un indéniable charme.


Pécs

Le soir venu, nous passons un moment à écouter du jazz, un verre de Chardonnay hongrois à la main, au milieu de ce qui semble être une fête du vin place Szécheny. Très agréable.

 

Dimanche 2 septembre 2007

J’aime bien Pécs. C’est une ville belle à voir, agréable à parcourir et facile à visiter. Surtout lorsqu’on est dans un hôtel de classe comme le Palatinus où nous sommes depuis ce matin.
Un peu au-dessus de la Place Széchény se trouve la place Dom où la Basilique Saint Pierre trône, majestueuse, en plein soleil, sous le regard curieux de Franz Liszt dont la statue sur un balcon fait le bonheur des visiteurs. Peu avant la Basilique, on visite les ruines romaines de ce qui fut une nécropole jamais achevée, au temps où Pécs s’appelait Sopianae. Ces vestiges font partie du patrimoine mondial de l’Humanité, classé par l’UNESCO.


La statue de Liszt Ferenc

Après le déjeuner rapide et en plein air à la fête du vin, nous allons prendre un thé au Cutty Sark Teahouse qui se trouve dans la rue des musées. Le musée que nous choisissons de visiter est celui d’art moderne de la ville. Il présente quelques tableaux d’artistes hongrois du 20ème siècle dont on peut dire que certains furent visiblement très inspirés par Renoir et Picasso. Le musée Vasarely (qui était hongrois) semblant fermé, nous rentrons à l’hôtel pour une petite sieste bien méritée.
À nouveau dans les rues de Pécs en fin d’après-midi et après un passage par une pâtisserie, hum, accueillante, nos pas nous entraînent dans une autre partie de la ville, éloignée du centre. Une lente flânerie, curieuse et pleine d’intérêt.
Le soir, retour à la fête du vin qui s’achève. Le concert, du jazz encore, est donné par un Big Band nommé « Juniors Stars ». Nous y assistons avec beaucoup de plaisir.

 

Lundi 3 septembre 2007

Encore une belle journée à Pécs. Un ciel bleu et un soleil généreux. Nous passons par la gare acheter nos billets de train car demain matin nous retournons à Budapest. Après la gare, passage par le centre commercial Arkad, récemment ouvert et ressemblant à ce que j’ai déjà vu à Puerto Rico. J’y trouve des chaussures à mon goût. Après le déjeuner sur le pouce (une assiette de salade et falafel) rue Kiraly, puis une rapide sieste à l’hôtel, nous allons voir à quoi ressemblent les intérieurs de l’église-mosquée de la place Széchnyi, puis de la Basilique Saint Pierre. À la première, une gentille dame faisant office de gardienne nous parle de plein de choses mais comme c’est en hongrois, nous n’y comprenons presque rien. L’église-mosquée n’a rien d’extraordinaire à montrer, sauf un plafond peint superbe et un morceau de mur sur lequel sont écrit quelques mots arabes, restes d’une époque d’occupation très lointaine. Quant à la Basilique, elle nous apparaît sombre et poussiéreuse, ce que son aspect extérieur ne laisse pas du tout deviner. Le reste de l’après-midi nous marchons dans les rues plus modernes de Pécs, jusqu’à échouer à la terrasse d’un glacier situé dans le centre commercial Arkad. C’est là, au soleil, que nous dégustons une délicieuse crème glacée. I scream for an ice cream

 

Mardi 4 septembre 2007

Le train intercity reliant Pécs à Budapest est confortable. Trois heures à travers le pays, passant par des villages tel ce mystérieux Nagylok… Le temps est épouvantable et c’est là le drame. Arrivés dans la capitale hongroise et subir un froid automnal et une pluie abondante, va considérablement refroidir nos ardeurs. Le chauffeur de taxi qui nous emmène à l’hôtel, sur les hauteurs de Buda, en profite pour nous appliquer un tarif « touriste ». Voleur, j’espère qu’un jour tu t’étoufferas avec tout l’argent que tu te fais en escroquant les clients !
L’hôtel Normafa est vraiment un bel établissement. Notre chambre donne sur la piscine et le parc. Le centre-ville est assez éloigné et il faut prendre le bus 21 depuis l’arrêt Normafa (c’est le terminus de la ligne) pour s’y rendre. Peu après avoir déjeuné dans l’un des deux restaurants de l’hôtel, nous faisons une tentative. Mais le bus ne partant pas et la pluie se faisant violente, sans parler du froid cinglant, nous préférons retourner dans la chambre où grâce à mon Hyundai T600, relié à la télévision, on peut profiter du joli film de Roschdy Zem « Mauvaise foi ». Mais c’est quand même frustrant car nous ne sommes pas à Budapest pour rester dans une chambre d’hôtel ! Heureusement que l’autre restaurant de l’hôtel, le Normafa Grill, propose un steak aux oignons frits et pommes de terre, d’une douceur et d’un croquant affriolant.

Demain, quel que soit le temps, on sort !

 

Mercredi 5 septembre 2007

Voyager est un plaisir, mais un plaisir fragile. Il peut suffire de presque rien pour dérégler une entreprise qui fonctionnait parfaitement. Ce grain de sable, ici et maintenant, c’est la pluie. J’ignorais qu’il y avait une saison des pluies en Hongrie. Le temps est horrible mais nous décidons de sortir malgré tout. Le taxi nous dépose en milieu de matinée dans la vieille ville de Buda, près des remparts du château. De là, la vue sur le Danube et Pest est impressionnante. Le souffle du vent aussi. La balade dans les rues de la vieille ville n’a rien d’agréable, nous sommes vite trempés et frigorifiés, si bien (ou si mal) que nous quittons l’enceinte du château pour descendre jusqu’à Moskva tér afin, d’abord, de trouver un distributeur d’argent (non trouvé dans la vieille ville) mais aussi pour s’abriter et se réchauffer dans un mall appelé Mamuth, où nous déjeunons.


Le Danube

Quand nous ressortons en début d’après-midi, le temps est le même mais nous décidons d’aller jusqu’au Palais Royal pour visiter les musées qu’il contient. Arrivés sur place, après un nouveau périple d’une demi-heure sous la pluie et face au vent, on se rend compte que l’entrée est payante et chère car elle donne aussi accès à la fête du vin qui commence aujourd’hui. Nous apprendrons même plus tard que cet accès est réservé toute la journée aux professionnels. À nouveau trempés et frigorifiés, fatigués de tout, nous abandonnons la lutte et prenons le bus pour retourner à l’hôtel. Tant pis pour les bains, les monts Gellert et le reste !

 

Jeudi 6 septembre 2007

C’est jour de retour en France pour nous. Sous un ciel nuageux mais sans pluie. L’envie de se balader n’est pas revenue et puisque nous devons être à l’aéroport en début d’après-midi, nous restons à l’hôtel ce matin.
Les derniers moments en Hongrie sont donc tranquilles et emprunts de ce mélange de nostalgie et de sérénité qui sied bien au voyage du retour.

La Hongrie me laisse le souvenir d’un pays calme et accueillant. De toute façon, pour moi qui aime voyager, toutes les destinations donnent envie.


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