EQUATEUR

Journal de voyage

 

Vendredi 8 août 2003

Je suis dans l'avion qui va me mener de Madrid à Caracas, il est 14.40, l'avion aurait dû décoller depuis 20 minutes. L'écriture manuscrite est tremblotante mais ce n'est pas facile dans ces conditions.
L'aventure commence.

Réveil à 5.45 au lieu des 4.30 prévu, tant pis pour la séance de sport matinale que j'avais programmé ! Pour le reste, tout s'est passé comme prévu, depuis Paris et jusqu'ici. A l'aéroport de Roissy, en attendant l'embarquement pour Madrid, un vieil homme s'assied à côté de moi. Il vient de Californie, il a 78 ans et rentre chez lui avec sa femme et sa fille de 10 ans. Il me parle de son pays, du mien et me demande si je suis marié. Il aime la France car ici on peut faire des « rigolades », pas comme aux Etats-Unis, et d'ailleurs il va en faire une. Après un clin d'oeil à mon attention, il se tourne vers la femme assise à côté de lui et lui demande, dans un français teinté d'accent américain et d'une voix de vieil homme : « je peux boire de votre café ? »
- Mais bien sûr monsieur, c'est du café crème.
- Oh, je vous faisais une « rigolade », puis il se tourne vers moi et me demande : comment vous dîtes ?
- Une blague, je réponds et j'épelle le mot.
La dame lui sourit et lui explique qu’elle veut bien partager. Il est content, il ressemble à Don Ameche dans Cocoon. Je le quitte pour prendre mon avion en chantant : « je vais à Quito, en Ecuador » sur l’air de « je vais à Rio, de Janeiro ». Le voyage jusqu’à Madrid se passe sans problèmes.

Ça y est, l’avion pour Caracas décolle… Dans la queue pour l’embarquement à Madrid, je me suis arrêté quelques secondes pour bien prendre conscience du départ. Il paraît que le meilleur moment de l’amour, c’est quand on monte l’escalier, je ne crois pas que le meilleur moment du voyage soit l’embarquement ou le décollage d’un avion mais cela fait partie de l’histoire.
Une femme assise près de moi prie pendant que l’avion décolle. Quand je vois les hôtesses en faire autant, je m’inquiète.
Ça, c’est une rigolade.

 

Samedi 9 août 2003
4.00 du matin

Je suis chez Adriana et Franklin, les amis qui vont m’héberger quand je serai à Quito. J’ai pourtant éteint la lumière peu après 1.00 mais à présent il m’est impossible de dormir.

La suite du voyage fut moins agréable, entre les deux colombiennes à moitié saoules du trajet Madrid-Caracas et les employés perdus et autoritaires de la compagnie Aeropostal, la fatigue s’attrape vite. L’aéroport Simon Bolivar de Caracas est d’un triste et l’ambiance qui y règne rappelle parfaitement ces films montrant des citoyens étrangers attendant leur évacuation tandis que la guerre civile fait rage à l’extérieur entre la junte militaire et les rebelles. Je me suis senti comme Mel Gibson dans le film de Peter Weir l’année de tous les dangers… Au Venezuela, en attendant (fort longtemps) que le général Bigeard en jupons et chignon s’y retrouve dans ses papiers et nous laisse monter dans l’avion pour  Quito, je parle un peu avec une française qui sature elle aussi. Elle vient de Grenoble et a donc commencé son aventure plus tôt que moi. C’est fou le nombre d’européens et particulièrement de français qui vont en Equateur en ce moment. Ici à Caracas, j’entends de l’italien, de l’allemand, du français et de l’espagnol mais là, c’est la responsable d’Aeropostal qui nous indique, non, qui nous ordonne d’aller prendre l’avion. Et qu’importe si dans cet avion ma voisine est aussi aimable qu’une porte de prison (comme dirait ma grand-mère), je m’en fous, je suis dans le bon avion, je suis crevé et je ne m’inquiète même plus pour mes bagages en transit, on verra bien.


Quito

L’atterrissage sur Quito est un joli moment car l’aéroport est dans la ville et voir cette capitale éclairée et au cœur de la nuit, nous laisser entrer en elle devient un instant reposant et beau. Après l’atterrissage, la plupart des voyageurs applaudissent, j’avais déjà remarqué le même phénomène au Venezuela, est-ce parce que d’habitude les avions s’écrasent tous à leur arrivée qu’il convient de saluer l’adresse des pilotes qui ne tuent pas de passagers ? Quoi qu’il en soit, j’arrive en Equateur sain et sauf, je retrouve mon sac et aussi Franklin, le mari d’Adriana, venu très gentiment me chercher alors qu’il est presque minuit. Il m’emmène chez lui où je vais passer la première nuit sud-américaine de ma vie.

 

Dimanche 10 août 2003

J’écris ces lignes alors que je suis dans le jardin de la maison des parents d’Adriana, il est presque 9.00 du matin et il fait frais. J’ai passé une meilleure nuit que la nuit précédente, j’ai récupéré de la fatigue du voyage, du décalage horaire et de l’altitude.
Hier matin, samedi, pour mon premier jour ici je suis allé faire un tour en ville. Comme je n’avais pris que des grosses coupures (des billets de 100 dollars) Franklin a bien voulu me faire de la monnaie pour l’un d’entre eux. Je suis allé téléphoner à mes parents dans la première boutique andinatel (point téléphone) que j’ai trouvé. La communication téléphonique est plutôt bon marché et quand j’ai voulu payer avec le billet de 20 dollars, le jeune garçon m’a dit très surpris : « ¿ no tiene mas pequeño ? » (vous n’avez pas plus petit ? ». Voyant mon embarras il est allé à la pêche à la monnaie chez les commerçants du quartier. Sortant de là, j’ai les poches pleines de pièces. Plus tard j’apprendrai à faire de la monnaie dans une banque du centre ville et à éviter de me balader avec beaucoup d’argent.

Je tente de prendre le trolley, un bus alimenté par des gros câbles électriques suspendus au-dessus, mais ne comprenant pas comment acheter un billet, je renonce. Là encore j’apprendrai vite à utiliser ce moyen de transport bon marché et pratique car il traverse la ville.

Ne sachant pas trop où aller, je préfère retourner chez mes amis où je vais faire une petite sieste, pas encore remis du voyage.
Je fais la connaissance de la sœur de Franklin, la Nena et de son mari Jorge qui sont les voisins de pallier. L’après-midi, Franklin m’emmène chez les parents d’Adriana où je vais dormir les prochaines nuits car la chambre que j’occupais la nuit dernière est en fait celle d’Alice, une autre amie française des Lucio-Paredes qui fait également un voyage en Equateur et que je connais aussi car nous travaillons au même endroit à Paris.

Là-bas je vois Adriana pour la première fois depuis qu’elle et son mari ont quitté la France en juin. Elle revient d’une semaine au bord du Pacifique avec ses parents et Alice, un endroit où j’irai moi-même un peu plus tard. Cela me fait plaisir de les voir ici au bout du monde. Je fais la connaissance de ses parents, France et Rodrigo et je les remercie pour leur hospitalité. Je ne le sais pas encore mais ils vont se montrer d’une gentillesse incroyable envers moi.
Plus tard, le soir, nous sortons, Adriana, Franklin et moi dans le vieux Quito, nous faisons le tour de bâtiments historiques superbes, récemment rénovés datant du 16ème siècle, mais aussi des rues sombres, tristes et sales où la misère est parfois très visible, quelques hommes dormant dehors, se réfugiant contre des coins de porte. Mes amis m’expliquent qu’ici il est plus prudent d’actionner la sécurité des portières de la voiture lorsqu’on s’y balade.

Nous achevons la soirée dans un petit restaurant tout simple où l’on nous sert des sandwichs au fromage à tremper dans sa tasse de chocolat. Pourquoi pas ?

Plus tard dans la soirée de dimanche…

Ce matin dimanche les parents d’Adriana m’ont emmené voir un marché couvert. Ce fut un festival de fruits et de fleurs, de couleurs et d’odeurs, de bruits et d’images. Le meilleur moment de la journée. C’est le 10 août, la Saint Laurent mais aussi, si mon guide ne me trompe pas, la fête nationale. Le marché est plein de monde et je suis Rodrigo qui va marchander avec le commerçant qui étale un cochon entier et grillé. France m’explique que son mari sait comment marchander pour avoir les meilleurs morceaux, j’en serai absolument convaincu quand quelques heures plus tard je pourrai déguster cette viande au déjeuner. Outre des fruits et des fleurs que je n’avais jamais vu auparavant (et dont je n’avais jamais entendu parler : vous connaissez la tomate de árbol, vous ?), je vois pas mal de marchandes de jus de fruits, dont il faut se méfier, me dit France car souvent elles préparent leur jus avec de l’eau non traitée. Ici l’eau du robinet n’est pas potable, il faut la faire bouillir ou acheter des bouteilles.
En rentrant du marché, Rodrigo fait un détour spécialement pour moi, me montrant la ville, sa ville. Je comprends que cet homme, extrêmement cultivé, qui fait l’effort de me parler en français car il sait que je ne maîtrise pas bien l’espagnol, aime son pays.
L’après-midi, je vais faire un tour au parc de la Carolina, un endroit prisé des habitants de Quito le dimanche, ils peuvent y faire du sport et aussi du pédalo. Je ne reste pas longtemps car pour dire la vérité, je m’y sens légèrement perdu. J’apprendrai plus tard à être parfaitement à l’aise dans Quito.

Le soir, après un repas en compagnie de mes hôtes avec au menu du camembert français spécialement ramené et offert à Rodrigo car il adore ça, mes amis et moi allons au cinéma voir El Discípulo, c’est à dire The Recruit, avec Al Pacino et Colin Farrell. Je m’endormirai pendant le film…

 

Lundi 11 août 2003

Quito est une ville chaleureuse mais avec un fond de tristesse qui fait parfois surface, au détour d'une rue, d'un regard accroché ou d'une façade pas entretenue. Je passe toute la journée dehors, je marche, je regarde, j'écoute. J'en profite aussi pour acheter mon billet de car pour Cuenca. Dans la boutique de la compagnie, recommandée par Adriana, la jeune femme derrière le comptoir de l'accueil me montre une feuille accrochée derrière elle et faite de carrés contenant des numéros, et je mets au moins une minute pour comprendre qu'il s'agit d'un schéma du car et que les numéros représentent les places. Presqu'aucune n'est cochée, ce qui signifie que je suis l'un des premiers à acheter des billets. Je vais finir par comprendre que dans ce pays, il n'est pas nécessaire de réserver longtemps à l'avance, la plupart des réservations peuvent toujours se faire au moment de partir (pour les transports) ou d'arriver (pour les hôtels) et sinon, c'est que vous n'avez pas de chance. Je choisis une place vers le fond et près d'une fenêtre. Je paie dix dollars pour un voyage de quatre cent quarante kilomètres et de presque dix heures. Je pars mercredi à six heures du matin pour cinq jours (dont presque deux de trajet).


El Ejido

Cet achat effectué, je vais au parc El Ejido lire quelques pages du livre qui m'accompagne depuis l'avion : La vie des morts de Stewart O'Nan. Je ne le sais pas encore mais ce roman va devenir l'un de mes préférés. A l'heure du déjeuner, je m'offre l'un des très appétissants sandwichs vendus dans la boutique El Español, rue Juan Leon Mera, le paradis pour l'amateur de sandwich. On le prépare sous tes yeux, selon le modèle que tu as préalablement choisi. Les prix (pour l'Equateur) sont en conséquence. C'est aussi dans la rue Juan Leon Mera que se trouve le Zambo Net Café, un web café où je me rendrai quasiment tous les jours quand je serai à Quito. L'accueil y est sympathique, les prix raisonnables et la musique agréable et puis surtout, il est moins bien occupé que le Papaya situé à proximité et rempli du soir au matin de touristes, ce que je préfère éviter. Le tube du moment est Mariposa traicionera du groupe mexicain Mana et au Zambo Net Café, j'aurai très souvent l'occasion de l'écouter. L'après-midi, je circule dans le quartier autour d'El Ejido, j'y verrai un match acharné de volley-ball, des rues très commerçantes et des tas de touristes.

 

Mardi 12 août 2003

Je réunis toutes mes affaires car je quitte aujourd'hui la maison de France et Rodrigo pour retourner dans l'appartement d'Adriana et Franklin y passer la nuit d'avant mon départ pour Cuenca. Alice étant partie pour l'Amazonie, la chambre d'ami est libre. Je déjeune avec mon amie avant de la laisser pour retourner en ville. Pour y aller je prends  un taxi, c'est la solution de facilité car ils circulent partout, ils sont tous jaunes, il est  facile d'en attraper un et leurs tarifs feraient rougir de honte un chauffeur parisien. Pendant le trajet, le taxi me demande d'où je viens.
- De France.
- C'est en Europe, c'est ça ?
- Oui c'est ça.
- Et vous venez pour visiter notre pays ?
- Oui. Et j'aime beaucoup.
- Je sais qu'en Europe, on est moins pauvre qu'en Equateur.
- Ça dépend où.
- Ici les gens sont pauvres, le salaire moyen c'est trois cent dollars. En France, c'est combien ?>
- Environ mille dollars, dis-je sachant que c’est probablement plus.
- Mil dólares ! Reprends t-il étonné. C'est beaucoup d'argent. En Europe vous êtes intelligents, vous avez fait une communauté économique, c'est ça qu'on devrait faire nous aussi en Amérique du Sud. Et ainsi on améliorerait le niveau de vie mais vous savez, il y eu des tentatives mais les Etats-Unis, ils font tout pour empêcher ça parce que ce n'est pas leur intérêt.

Il me dépose devant le Zambo Net Café d'où j'écrirai à ma famille pour leur dire que tout va bien. Dans les rues, je vois des femmes à la peau ridée et portant des vêtements très colorés, des indiennes avec leurs petits chapeaux melon, elles sont comme dans les documentaires que l'on voit à la télé. Elles marchent à côté des hommes en costumes. C'est le dépaysement, même dans ce quartier d'affaires. Je passe une bonne partie de l'après-midi au vivarium de Quito où l'on peut voir de près quelques serpents, ceux-là même que je ne verrai pas en Amazonie, puisque je n'irai pas là-bas. Passant d'un aquarium à l'autre, je remarque un homme assez grand qui vient se tenir à côté de moi. Me tournant vers lui, je distingue une forme bizarre autour de ses épaules, à la hauteur de mes yeux. Je ne m'en rends pas compte tout de suite mais ce qui me fixe d'un air endormi est un énorme serpent aussi large qu'une de mes cuisses et plus long que la pièce la plus longue de mon appartement parisien. Je me force à ne pas sursauter et je m'éloigne doucement en regardant au sol s'il n'y aurait pas d'autres spécimens en liberté dans cet endroit très sombre.
Sorti du vivarium où finalement je ne me ferai pas prendre en photo avec un de ces monstres autour du cou, comme il est si aimablement proposé à l'entrée, je me balade dans les rues de la capitale équatorienne. Il fait très chaud l'après-midi et je bois beaucoup d'eau que j'achète en bouteille dans les tiendas, ces petites boutiques qui sont légions. Je continue donc à découvrir la ville, mais je sais que j'ai prévu d'y passer la dernière semaine en entier. J'aurai donc beaucoup de temps pour la visiter de fond en comble. Ou presque.

 

Mercredi 13 août 2003

17.00. Je suis à Cuenca à l’hôtel Principe, la chambre est correcte, sans plus. Debout à 4.00 du matin pour prendre un car à 6.00 qui pendant dix heures m’a fait voir du pays. Beaucoup de montagnes et de femmes habillées de couleurs vives. Le voyage fut plutôt agréable, arrivé tôt j’ai pu profiter de l’attente pour me demander ce que je faisais là, avant l’aube, à des milliers de kilomètres de chez moi, attendant un car… Mais finalement je ne regrette pas d’être ici. Heureusement, non ?

Les paysages sont magnifiques, le car de la Flota Imbabura s’arrête pour un ravitaillement au bord d’une vallée somptueuse qui vient confirmer que je suis mieux ici que chez moi. Les dix heures de voyage passent tranquillement, et même assez vite, malgré les films américains en version espagnole que nous passent les chauffeurs tout le long et dont les images sont bien abîmées à force d’être passées sur l’antique magnétoscope disponible. Je préfère regarder par la fenêtre les vallées équatoriennes, véritables mers de nuages dans lesquelles je me vois plonger…


La rivière Tomebamba

Nous arrivons en milieu d’après-midi et après avoir récupéré mon sac, je prends un taxi, direction l’hôtel, où je dois présenter mon passeport avant d’avoir accès à la chambre. Je prends une douche, écris quelques lignes et ressort voir à quoi ressemble cette ville avant que la nuit ne tombe. Je traverse un pont et au milieu, je regarde la rivière. Elle s’appelle Tomebamba. Je ne reste pas longtemps car je suis fatigué. Je rentre donc mais avant d’aller me coucher, j’honore bien volontiers le restaurant de l’hôtel où pour quelques dollars, on peut avoir un festin de roi.

 

Jeudi 14 août 2003

Cuenca est une très belle ville. Ce n’est pas pour rien qu’elle est inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO. La ville est tranquille et assez petite finalement. Certaines maisons sont magnifiques. Au cours de ma promenade du matin je me suis arrêté à l’atelier Barranco qui fabrique des panamas, le chapeau équatorien. J’y ai été royalement reçu, on m’a expliqué la fabrication du couvre-chef et j’en ai acheté deux. Des authentiques. Cuenca n’est pas exactement le berceau du panama (il faut plutôt se tourner du côté de la côte Pacifique du pays pour cela) mais on y fabrique ces chapeaux depuis plus d’un siècle !

Je continue ma promenade jusqu’au petites ruines incas qui se trouve dans un terrain un peu vague, presque laissé à l’abandon. Il n’y a personne et pourtant on peut y voir des vestiges datant de plusieurs siècles. C’est un peu triste. Je pense que ce sera plus intéressant lorsque j’irai à Ingapirca, à deux heures de route d’ici.

Je passe la journée ainsi, à me balader dans la vieille ville, à prendre des photos et à m’asseoir sur des bancs publics pour regarder les gens vivre.

 

Vendredi 15 août 2003

De nouveau dans les rues de la ville. Ce matin je me suis arrêté au bord de la rivière Tomebamba, j’ai regardé des femmes vêtues des ces larges jupes multicolores laver le linge au bord de l’eau comme avait pu le faire ma grand-mère il y a des décennies. Je suis allé également au musée, dont celui de la Banque Centrale qui regorge de trésors historiques et celui de Las Conceptas, ancien couvent datant du 16ème siècle, construit autour d’un superbe patio et qui offre de nombreuses toiles et sculptures et un aperçu de la vie aux temps anciens.

L’après-midi, je reste du côté de la place d’arme, sur laquelle trône la cathédrale, la nouvelle, celle qui fut édifiée en 1880 et qui s’appelle Inmaculada Concepción. Elle est assez impressionnante. Un petit panneau vient rappeler que Jean-Paul II est passé par là dans les années 80. Je prends le soleil sur l’un des bancs du parc qui fait face à l’édifice religieux quand un petit bonhomme s’approche de moi pour me demander si je suis un gringo d’Amérique. Je n’ai même pas le temps de lui dire que non qu’il me demande si je veux des filles. Je suis assez surpris et ça doit se voir alors il insiste. Si je veux des filles pour m’amuser avec, pas de problème, il peut s’en occuper… Je lui dis que ce n’est pas nécessaire car je ne suis pas intéressé. Il ne s’en offusque pas et part chasser d’autres clients. Du coup, je retourne à l’intérieur de la cathédrale pour prendre le frais.
Je rentre tôt à l’hôtel, si bien que peu après 18.00 je m’endors.

 

Samedi 16 août 2003

Douze heures plus tard je me lève pour aller prendre un car. J’ai dormi douze heures de suite ! Je n’avais pourtant pas l’impression d’être particulièrement fatigué. Il faut croire que je l’étais bel et bien. Le car que je vais prendre va m’emmener à Ingapirca. Après le Machu Picchu (que je verrai cinq ans plus tard), Ingapirca est le plus important site Inca retrouvé. De Cuenca, il faut deux heures de trajet pour l’atteindre. Sur place, j’achète mon boleto (il est deux fois moins cher pour les Ecuatoriens) et la visite peut commencer. Nous sommes un certain nombre de touristes à suivre la visite guidée en anglais. Le site est très découvert, ce sont des plateaux entourés de pierres et le guide est là pour nous expliquer comment il fonctionnait à l’époque. Seule une construction élevée demeure. La visite dure une heure environ.


Ingapirca

Le lieu est fréquenté par quelques lamas et je tente maladroitement de devenir l’ami de l’un d’entre eux mais en vain. Je le baptise Serge et le prend en photo mais notre relation s’arrêtera là. Je fais également un tour dans le petit musée siégeant près de l’entrée et dans la boutique où j’achète sans marchander un châle en Alpaga. Le car revient enfin nous chercher pour nous ramener à Cuenca. A la gare routière, toujours les mêmes voix d’enfant qui crient les destinations des cars en partance : « Quito, Quito Quito » « Loja, Loja, Loja », etc.

Demain je repars à Quito.

 

Dimanche 17 août 2003

Tandis que j’attends mon taxi devant l’hôtel Principe, en ce bon dimanche matin, je vois passer deux hommes qui demandent quelque chose que je ne comprends pas. Ils font mine de s’approcher de moi quand le taxi arrive. Les deux types s’éloignent alors en riant. Le chauffeur sortant de la voiture me dit aussi quelque chose que je ne comprends pas puis il répète : « Son ladrones, cuidado ! » Ce sont des voleurs, il faut faire attention. Du coup je me méfie aussi du taxi mais il n’y a pas de raison. Arrivant à la gare routière je lui demande quelle est la meilleure compagnie de car pour aller à Quito. « Express Sucre » me répond t-il aussitôt. « Muy bueno, muy rapído ! ». Depuis ce jour-là je me méfie des conseils des chauffeurs de taxis ! Je vais donc au bureau de la compagnie Express Sucre acheter pour dix dollars un billet Cuenca-Quito. Je ne sais pas pourquoi je n’ai pas voulu reprendre la même compagnie qu’à l’aller. Le goût de l’aventure probablement…

Le car d’Express Sucre est décoré comme un sapin de Noel avec quelques incantations à Jesus et à son papa. Le chauffeur et son aide s’arrêtent à chaque fois que quelqu’un sur la route lui fait signe et le font monter. Pour quelques piécettes ils vont transporter ainsi plusieurs personnes, hommes, femmes, enfants, les déposant quelques centaines de mètres plus loin. Je croyais avoir acheté une place dans un car de transport et je me retrouve dans un taxi collectif qui entasse le maximum de gens, même debout. L’expérience est néanmoins pittoresque. Le problème est qu’au lieu des huit ou neuf heures annoncées, le voyage va prendre une bonne heure supplémentaire. Je finirai d’ailleurs la route à côté d’un brave homme très fatigué qui tentera souvent de s’endormir sur mon épaule.

A Quito je retourne chez les parents d’Adriana et Franklin qui vont m’héberger jusqu’à mon départ pour la côté Pacifique.

 

Lundi 18 août 2003

Je passe la journée à me balader dans la capitale. Le centre-ville est comme un musée, avec ces façades à l’espagnole, ces balcons en bois et ces murs peints. Plaza Mayor, des indiens viennent manifester. Ils sont vraiment très nombreux. Apparemment ils reprochent au Président Lucio Gutiérrez de ne pas avoir tenu ses promesses électorales. En effet, encore candidat il avait fait alliance avec le principal parti politique indien et une fois élu, il avait donné des postes de ministres à quelques représentants du parti allié sauf qu’il vient de les sortir du gouvernement. Enfin si j’ai bien tout compris. Drôle de coco ce Lucio Gutiérrez… Tandis que la Plaza Mayor se vide de ses manifestants, je rejoins à pied la place San Francisco. C’est juste à côté en fait. Les deux places sont très grandes. Plaza Mayor où trône le palais présidentiel est un lieu de rendez-vous et de repos pour les habitants de Quito. Il n’est pas facile d’y trouver une place pour s’asseoir car on n’est jamais tout seul à avoir cette idée… Place San Francisco, c’est encore plus difficile car il n’y a quasiment pas de banc. L’Eglise San Francisco domine la place éponyme. Je regarde les gens passer, quand je vois quelqu’un que je connais. Elle fait le voyage en même temps que moi et on a les mêmes amis mais on fait un parcours différent. Alice est aussi une collègue de travail et on a rencontré Adriana au même endroit : au bureau à Paris ! Elle me dit qu’elle s’éclate dans ce pays et je veux bien la croire vu la mine réjouie qu’elle arbore ! On poursuit sa route chacun de son côté et je continue mon petit bonhomme de chemin dans le centre de cette ville que je ne connais pas. Moi aussi je m’éclate, c’est ma première expérience de voyage au long cours et mes sentiments sont mitigés. Voyager seul est parfois pesant mais probablement aussi utile. De toute façon je suis celui avec lequel je m’entends le mieux car je me pardonne mes défauts. Quels défauts d’ailleurs ?

 

Mardi 19 août 2003

Oswaldo Guayasamin est un artiste majeur en Equateur. Et dans le reste du monde aussi. Né en 1919 à Quito, sa peinture est une représentation de la dureté de la vie dans son pays. Il est considéré comme un étendard des luttes sociales et des revendications des plus pauvres de cette région du monde. Sa maison est devenue un musée que l’on visite. Une maison vraiment très belle qui domine la ville. Tout blanche, elle est entourée d’un jardin dans lequel on a vite envie de s’attarder. L’art de Guayasamin est impressionnant car les visages et les corps qu’il peint semblent se tordre de douleur. La visite de ce lieu est indispensable si vous passez par Quito.

 

Mercredi 20 août 2003

Tandis que l’Equateur mène 1-0 face au Guatemala, je suis dans la chambre 210 de l’hôtel Cabo Blanco sur la côté Pacifique. Je vais rester ici une semaine avant de retourner à Quito. Sept jours pendant lesquels je vais faire du sport, lire, écrire, paresser sur la plage et chasser les moustiques. J’ai fait le voyage en car, bien sûr mais c’était un peu moins long que pour aller à Cuenca. Arrivé à Atacames, fatigué, j’ai suivi la première personne qui m’a proposé de m’emmener à mon hôtel. Ce n’était pas un taxi officiel, si bien que je me suis retrouvé à l’avant d’un pick­-up, cheveux au vent à regarder le paysage défiler et à me demander si le type allait bien me déposer où je veux… Mais en fait si, j’arrive à l’hôtel qui se trouve à quelques kilomètres d’Atacames, à Tonsupa, Playa Ancha exactement. C’est un hôtel tenu par des Français qui m’accueillent gentiment. Je m’installe donc dans la chambre et laisse la nuit venir, le temps de ranger mes affaires.


Le Pacifique

La nuit tombe peu après 18.00 et je décide d’aller vers l’océan. L’hôtel n’est qu’à quelques mètres des vagues. Je peux même les entendre en avançant vers elles. Un petit chemin de terre m’y conduit. Je n’ai jamais vu le Pacifique. Je l’entends avant de le voir. Je m’approche, il fait noir, il n’y a pas d’éclairage. Je marche encore un peu et soudain je le vois, plus bas. Les vagues s’échouent sur un sable gris. Il est très bruyant cet océan. Je ne vais pas le toucher, pas maintenant. Ce sera pour demain matin. Je rentre me coucher.

 

Jeudi 21 août 2003

Aujourd’hui et pour la première fois de ma vie, j’ai nagé dans l’océan Pacifique. J’ai aimé ça, j’ai adoré ça. Je suis resté sur la plage une grande partie de la journée. Il y a très peu de monde et c’est donc très facile de trouver un coin tranquille. Je lis beaucoup, je vais me baigner et je regarde le ciel. Je suis allé déjeuner à l’hôtel d’à côté où pour quelques dollars on vous sert un steak à se damner et où l’on vous prépare un batido de coco à se damner une seconde fois. Ainsi passent les jours de ce côté de l’Equateur.
 

Vendredi 22 – Mercredi 27 août 2003

J’ai pris mon rythme de croisière pour ces jours près du Pacifique. Le matin, après un petit déjeuner à l’hôtel Cabo Blanco, je prends le bus qui pour 20 centavos m’emmène à Atacames où je passe toute la matinée. Je reviens déjeuner à l’hôtel d’à côté du mien car leur batido de coco m’a ensorcelé, puis je passe l’après midi sur la plage, alternant baignade, lecture et sieste.
Atacames est très différente de Cuenca. Alors que cette dernière est ordonnée, propre et calme, Atacames est déglinguée, sale et bruyante. Le malecón suit la plage sur plusieurs centaines de mètres. C’est le royaume des bars de plage avec musique toute la journée (et probablement toute la nuit), des marchands de colifichets en tout genre, des faiseurs de tatouages éphémères, des vendeurs d’eau fraiches et de sodas glacés. Dans la ville, on trouve ces petites tienditas où je me ravitaille en biscuits pour les après-midi de plage. Il y a beaucoup plus de monde à Atacames qu’à Tonsupa, beaucoup d’Equatoriens. Le patron de l’hôtel m’explique que les habitants du pays ont découvert depuis peu le crédit et qu’ils l’utilisent, peut-être trop. Attention au réveil, ajoute t-il…

Les après-midi sont donc calmes, très calmes. L’océan lui ne l’est pas toujours et s’y baigner est un grand plaisir.
Le soir, je sors pour le dîner dans l’un des restaurants des hôtels alentour. Il y a plein de constructions en cours. Le coin est en grand développement. « Grâce au crédit, ils achètent des résidences secondaires »… Enfin, ceux qui en ont les moyens parce que l’Equateur reste quand même un pays assez pauvre.

Après une semaine de ce régime, il est temps de retourner à Quito.

 

Jeudi 28 août 2003

Je suis à la gare routière en avance comme d’habitude. Je suis le seul touriste pour ce voyage. En tout le seul qui a l’air étranger. Parmi les autres voyageurs il y a visiblement des vacanciers mais ils sont équatoriens. Ils ont pas mal de bagages. Encore une bonne dizaine d’heures de car sur les routes du pays. Comme d’habitude, le chauffeur s’arrête régulièrement pour prendre des passagers et en laisser descendre d’autres. Ce voyage va me paraître vraiment très long. Mais le car est plus confortable que celui de la compagnie Express Sucre…

Arrivé à Quito en fin d’après-midi, je file en taxi jusqu’à chez Adriana et Franklin. C’est chez eux que je passerai la dernière semaine de mon voyage en Equateur.

 

Vendredi 29 août 2003

Aujourd’hui j’ai beaucoup marché dans les rues de Quito. Je suis retourné dans la vieille ville que j’avais déjà visitée au début du voyage. Je tente une visite de la cathédrale San Francisco. Un guide parlant français me propose ainsi qu’à une touriste (française elle aussi) de nous faire visiter. Il est particulièrement fier de nous conter l’histoire de la cathédrale, ses trésors et ce faisant, l’histoire de son pays.

Je décide de rentrer à pied du centre ville à l’appartement. Ce n’est pas très compliqué, il faut marcher sur l’avenue 10 de Agosto pendant plus d’une heure puis tourner à gauche et encore à gauche (ou quelque chose comme ça). Je rentre épuisé de cette journée mais ravi !

 

Samedi 30 août 2003

C’est je jour du marché à Otavalo et ça tombe bien car c’est là que nous allons avec Adriana et Franklin. Après environ deux heures de route, nous arrivons en milieu de matinée dans cette ville célèbre dans le monde entier pour sa foire aux bestiaux et son gigantesque marché. Gigantesque, ce n’est pas peu dire ! On y trouve de tout : vêtements, bijoux, cuirs, poteries, tissus, etc. Je marchande un peu pour acheter une couverture et un pull en Alpaca. Il y a foule et beaucoup de touristes. Je n’avais pas entendu autant de gens parler français depuis bien longtemps.


Le marché d'Otavalo

Après le marché nous reprenons la voiture pour aller au lac de Cuicocha. Petit lac au milieu des volcans situé à plus de 3000 mètres d’altitude. On peut y faire un tour sur une large barque ornée de  bancs sur lesquels s’entassent les touristes dont moi. Le guide nous montre les oiseaux qui viennent ici faire leur vie. On les laisse tranquilles, c’est une réserve naturelle. La ville a côté du lac s’appelle Cotacachi et est réputé pour ses ouvrages en cuir. En ce samedi après-midi, les rues sont vides et la plupart des magasins sont fermés.

On repart en milieu de journée pour rentrer à Quito, à la nuit tombée.

 

Dimanche 31 août 2003

C’est seul cette fois-ci que je pars. Je vais prendre un bus pour aller à la Mitad del Mundo. Comme son nom l’indique, c’est le lieu symbolisant le milieu du Monde. On peut marcher sur la ligne de l’Equateur. C’est là que les gens se font prendre en photo un pied de chaque côté de la ligne. C’est évidemment très touristique, surtout un dimanche. J’y visite le musée historique du pays qui retrace les différentes civilisations des origines à nos jours, comme on dit. J’y déjeune d’un plat typiquement indien dont j’ai oublié le nom mais qui se compose de viande séchée, très très séchée… Et l’après-midi, j’assiste à une cérémonie chamanique. J’ai dû choisir le bon jour car plusieurs troupes de danse venant de tout le pays présentent leur savoir faire. Des chamans (des vrais) font une démonstration de leur art : ils choisissent quelqu’un dans le public (pas moi heureusement), lui crache dessus un liquide préalablement avalé d’une bouteille, puis les hypnotisent avant de les délivrer en leur ayant dit quel serait leur avenir. Les chamans ont des tentes justes à côté pour qui serait tenté de faire l’expérience ou de connaître son futur. Pour ma part je connais mon futur immédiat : retourner à Quito par le même bus que ce matin.

 

Lundi 1er septembre 2003

J’arpente les rues de la ville de longues heures durant. Je finis par bien connaître le lieu. Je fais un maximum de photos. Moi qui étais venu avec un seul petit appareil jetable, j’en suis à mon quatrième acheté…
Je visite aussi certains lieux, comme la maison de Sucre. Antonio Jose de Sucre est un des grands héros des indépendances sud-américaines. Sa maison est une grande bâtisse dans la vieille ville. J’adore visiter ce genre de lieu, surtout lorsqu’il est conservé comme à l’époque !

 

Mardi 2 septembre 2003

Cette fois c’est sûr je connais la ville, en tout cas son centre. Je passe la journée à regarder les gens, les rues, l’agitation. L’avenue Amazonas n’a plus beaucoup de secrets pour moi. J’aime m’y installer, à la terrasse d’un café, boire un verre en tuant le temps. C’est l’une des plus larges et longues artères de Quito, avec boutiques (plutôt chics), hôtels (chic aussi), restaurants, etc. C’est ainsi que je passe mes derniers jours dans la capitale équatorienne.


Quito

 

Mercredi 3 septembre 2003

Aujourd’hui j’ai vu quelques églises, j’ai photographié des monuments historiques et j’ai continué à arpenter la ville, en long, en large et en travers.

 

Jeudi 4 septembre 2003

Je suis allé voir la Vierge. Celle qui domine la ville, la regarde de haut. Elle se trouve sur une colline qui s’appelle El Panecillo. C’est une vierge un peu particulière car elle possède des ailes mais elle ne s’en sert pas, elle reste là. Elle est inspirée par une sculpture célèbre que j’ai vu dans la cathédrale de San Francisco, œuvre de Legarda. Celle du Panecillo est impressionnante aussi. Il est assez difficile d’y aller à pied, c’est long et fastidieux et paraît-il un peu dangereux. J’ai pris un taxi.

 

Vendredi 5 septembre 2003

Dernier jour à Quito. Je fais comme d’habitude, je me balade. Je passe la journée dans les rues de la vieille ville. Pour la dernière fois je regarde la plaza mayor, la place San Francisco, etc. Je prends encore quelques clichés, je dis au revoir aux bâtiments que j’ai l’impression de bien connaître maintenant.

Le soir, je dîne avec Adriana et Franklin. Je leur dis au revoir, ou peut-être adieu. C’est au milieu de la nuit que je prendrai un taxi pour rejoindre l’aéroport.

 

Samedi 6 septembre 2003

Je suis à Caracas, a l’aéroport Simon Bolivar. Ici même les billets de banque s’appellent Bolivar. J’attends un avion qui doit m’emmener à Madrid. Jusqu’ici ça va mais des 38 heures de voyage estimées (de mon réveil chez Adriana à mon arrivée possible chez moi), je n’ai fait que 11 heures. Je me suis trouvé un coin tranquille ici où je peux lire et écrire en attendant l’embarquement.
Ce matin à l’aéroport Sucre de Quito, on a fouillé ma valise. J’ai eu l’impression que le policier voulait quelque chose, ce n’était pas très clair, mais je n’ai rien dit, simplement répondu aux questions qu’il m’a posé. Et puis il m’a dit de partir. J’ai fait aussi vite que j’ai pu.

Ici, un type m’a proposé de faire mon portrait. Je lui ai dit que je n’avais pas d’argent. Il a dit qu’il le faisait pour rien, comme ça. J’ai fini par lui donner quelques dollars qui me restaient, ou des bolivar, je ne sais plus. Le portrait de moi n’est pas très ressemblant…

 

Dimanche 7 septembre 2003

Je suis à Madrid et j’achève la 31ème heure de voyage. Je suis fatigué. Voyager…

 

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